Bottle In It

Kurt Vile – Bottle In It

octobre 2018 |

L’album Bottle In It, quand Kurt Vile entame l’automne 2018 avec douce poésie

Difficile de représenter Kurt Vile dans le milieu mainstream musical actuel malgré sa longue présence dans les bacs à vinyles de chez Matador Records. On l’identifie souvent comme le roi de la , le roi caché cependant. C’est un septième album solo que Kurt Vile nous dévoile là, une continuité dans son règne discret mais puissant depuis maintenant dix ans. Bon anniversaire.

Bottle In It représente une petite oasis anachronique dans le désert que représente toute la nouvelle scène qui se déchirent entre trois genres et quelques saillies de style qui peuvent cependant être intéressants mais qui ne cassent toujours pas trois pattes à un canard.

Je ne me porte pas garante du propos universel suivant, mais les fans de mon âge (soit un quart de siècle) ont pour la plupart découvert le talent de Kurt Vile avec son album b’lieve i’m goin down… pour ensuite explorer le reste d’une très grande discographie peu connue mais grande de qualité. Wakin on a Pretty Daze est une pure pépite en jean brut à liseré selvedge, rare, recherché, utilisé, ici écouté par des gens avec l’esprit affuté et les oreilles accrochées.

Bottle It In, une écoute pas inoubliable mais on reste fan de Kurt

Dès la première chanson Loading Zones, les instruments sont multiples et prennent le cœur du lecteur. On est entraîné par Kurt Vile qui a besoin de liberté, il l’exprime bien et on a envie de lui donner. Alors on continue à entendre ce qu’il a à nous dire, sa voix est en premier plan, surtout dans Hysteria ; un grain de folie guète notre folkeux international.
Petite chute de tension avec Yeah Bones, on accroche moins car c’est saccadé et la guitare peut-être trop aiguë. C’était la mignardise plutôt correcte à consommer avant les plats principaux. Grosse claque, uppercut dans les tympans, on a l’impression d’être dans une ville de seconde zone américaine, les cheveux agités par le vent de l’ouest, la peau rougie par le soleil méridien, Bassackwards, est une ode lumineuse à l’aventure de la vie. Les chansons suivantes suivent le rythme en douceur, One Trick Ponies, Rollin With the Flow sont dans la continuité rythmique de ses prédécesseurs, on accroche moins. Ça s’écoute sans problème, on peut reprocher le manque d’audace dans ces deux titres. Check Baby, le beat est plus profond, plus sombre, Kurt Vile y met du sien et évite la redondance, bel effet de surprise qui relance la dynamique avant de s’arrêter à nouveau et faire marche arrière à nouveau.

Bottle It In est une longue chanson, Mutinies également. Dur d’accrocher à ces presque 16 minutes réunies qui ne prennent pas vraiment aux tripes. On peut zapper, Come Again nous demande de revenir sur notre avis, l’ascenseur émotionnel peut donner la nausée mais rien à regretter encore une fois. On aime le beat country, la voix féminine qui accompagne Kurt sur le refrain. Sonorités old-school et cassettes glissées entre deux feux rouges dans un combi Volkswagen, Cold Was The Wind reste mignonnette. On finit l’album avec Skinny Mini et (bottle back), je me répète mais c’est mignon encore une fois, effet de répétition dans mes propos comme dans l’album. (bottle back) pourrait nous faire penser à une certaine expérimentation folk à la Bon Iver, l’essai est appréciable, on clôture l’écoute avec un sentiment doux-amer.

C’est un album de mi saison, qui prépare doucement la transition entre l’automne et l’hiver, avec un rappel de l’été indien qui vient de passer. Pas de surcharge d’émotions, mais ça nous donne envie de nous souvenir que Kurt Vile porte toujours la couronne et vit paisiblement dans son château.

Sinon, il est en tournée avec sa troupe The Violators en ce moment : le 21 octobre à Lyon, le 28 à Bordeaux, le 29 à Paris. Ce serait très dommage de le rater.

Hélène Chu