Gallipoli

Beirut – Gallipoli

février 2019 |

Écrire pour un artiste très proche de notre cœur n’est pas une mince affaire. Les mots ne viennent pas facilement, comme dans tout état amoureux. Mais l’envie de parler de ce qui nous touche le cœur est trop forte et prend le dessus sur une éventuelle réticence.

Beirut est entré dans mon paysage musical en 2006, lorsqu’il a débarqué comme un ovni sur la scène avec son premier album Gulag Orchestar. Leur musique a toujours été métissée, sa musique – car derrière ce groupe américain se cache un homme, Zach Condon – est un mélange d’Occident, de Balkans et de Méditerranée. Au fil d’une discographie spartiate (5 albums, 2 EP, quasiment pas de singles), le projet Beirut a pris de l’ampleur. Il a mûri, il est passé par quelques expérimentations qui ont renforcé son côté métissé : en partant explorer par exemple des vieilles chansons françaises (The Flying Club Cup) ou des boîtes à rythme et musiques électroniques (March of the Zapotec/Holland). Mais leur monde, celui de « vieux » instruments, d’images rétrogrades, mélancoliques, d’une beauté intemporelle n’a pas bougé.

Gallipoli est leur 6ème album et dernier né. Le deuxième sorti chez 4AD. (Un label anglais très éclectique, qui compte dans ses rangs les Pixies, Dead Can Dance, Bon Iver ou encore Deerhunter et qui n’a pas besoin de fanfares ou de grosses campagnes de pub pour promouvoir ses artistes). Les compositions et les orchestrations de cet album sont brillantes. Les chansons se distinguent par la variété des instruments utilisés, des structures rythmiques et articulations mais forment un ensemble très cohérent. Basé sur les deux ingrédients indispensables de la recette Beirut : La voix juvénile de Zach et ses trompettes. Ces voix célestes qui nous transportent très loin de notre quotidien.

Gallipoli n’a pas été choisi par hasard. C’est le nom d’une vielle ville italienne des Pouilles, sans doute pas loin du centre de gravité de la musique de Beirut. Qui se situe quelque part sur une île ionienne, où on peut croiser pendant la semaine de Pâques des processions de cuivres et percussions très « beirutiens ». Où Zach pourrait très bien composer ses œuvres avec son ukulele au bord d’une plage de sable. Loin des lumières et du bruit des villes, de la frénésie du XXIème siècle. Là où le ciel et la mer se retrouvent pour nous émerveiller.

Christos Agoros