Between Two Shores

Glen Hansard – Between Two Shores

février 2018 |

En écoutant le dernier album de Glen Hansard nous sommes comme transportés sur le pont d’un bateau en pleine mer. Sans pouvoir retourner au lieu de départ et sans être encore arrivés à destination, nous nous balançons au milieu des vagues. Le choix du titre ne pourrait être plus pertinent.

Between Two Shores se présente comme l’histoire de la fin d’une relation amoureuse avec au centre un chanteur qui se débat entre la persévérance face aux adversités et la rupture définitive. Les derniers moments de cette liaison sans avenir s’écoulent fatalement morceau après morceau en dépit des doutes et des regrets. Nous naviguons ainsi à travers les frustrations, les rancœurs, les désirs de vaincre la souffrance et les espoirs de réconciliation. La douleur éclate au début de l’album dans des emportements de colère. Dans Wheels on Fire l’amertume des reproches est aussi déchirante que les cuivres et l’orgue Hammond qui ponctuent la mélodie. Passé l’abattement langoureux de Wreckless Heart, le récit est momentanément ralenti avec Moving On et Setting Forth qui reprennent presque le même message. Assez ironiquement, ces deux chansons qui se suivent parlent toutes deux de départs vers de nouveaux horizons. Cette brève pause marque un tournant vers des tonalités plus calmes qui font ressortir avec délicatesse les sentiments de mélancolie et l’acceptation finale de la défaite.

Comme s’il imitait la rupture qu’il est en train de raconter, Hansard s’éloigne aussi de son style musical habituel. Après le travail nuancé de la ballade qu’il avait proposé dans l’intimiste et dépuré Didn’t He Ramble, son choix de faire appel à des influences plus classiquement américaines est légèrement décevant. Les chœurs féminins de Your Heart Is Not In It et la plainte de Why Woman héritent pleinement du soul alors que Moving On emprunte son rythme saccadé au blues. De même, le refrain de Wreckless Heart est une référence à l’incontournable Cry Me a River : « I’m going to ride that river to the sea/I’m going to cry that river out of me ». Des sonorités plus rock s’infiltrent dans Roll on Slow dont les premières secondes font penser à la Creedence Clearwater Revival. Dans ce morceau il ne manque pas, en plus du cliché de l’autoroute sans fin, un clin d’œil à l’E Street Band de Bruce Springsteen glissé dans les paroles.

Le problème est que malgré le désir manifeste de rendre hommage, la dispersion et l’étendue de ces références donnent une image un peu trop conventionnelle à l’album. De plus, parfois les paroles basculent dans les lieux communs des ruptures comme par exemple dans Your Heart Is Not In It : « I gave it everything I had, but it was never enough, it took everything than more than that ». Pourtant, certaines chansons qui suivent plus la lignée des deux autres travaux solo de Hansard font preuve d’une grande subtilité, justesse et originalité. Le piano et le violon de Setting Forth accentuent avec élégance le caractère poignant des paroles. Time Will Be The Healer qui ressemble vaguement à The Song of Good Hope de Rhythm and Repose met en scène le chanteur rassurant et conseillant une amie après une rupture et clôt ainsi le tout avec une note de sincérité et de poésie.

Between Two Shores est un album bien construit qui présente des étincelles de beauté et de sensibilité mais qui laisse cependant un goût aigre doux en bouche. Le disque est le résultat d’une véritable poussée vers l’avant mais dont la recherche de style n’aboutit pas complètement.

Irene Alvarez Domenech

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