Abjects : Drôles de femmes

mai 2015 |

abjects

Au sortir de l’International en ce vendredi 22 mai 2015, Noemi (guitare, chant), Yuki (basse) et Alice (batterie), ne paraissent qu’à peine entamées par leur ultime concert d’une tournée dense et supersonique. La vingtaine pétillante de fraicheur, Abjects, formation de la plus perfide d’Albion, ose déconstruire les codes dans un univers ne respectant que faiblement la parité. Et ce n’est pas sur ces dames qu’il faudra compter pour nettoyer la poussière…

Quand a débuté Abjects ?

Noemi : Nous sommes un groupe relativement nouveau bien qu’on joue ensemble depuis deux années, peut être plus… Pour ma part j’ai joué dans pas mal d’autres formations mais ça c’est toujours mal terminé, j’estime être enfin bien entouré aujourd’hui.

Etes-vous satisfaites de votre concert de ce soir et de l’attitude du public ?

Yuki : Oui très, les gens ont bien réagi à notre énergie, on aurait aimé qu’il y est encore plus de pogos… (l’un des spectateurs termina les quatre fers en l’air sur la sono).
Noemi : Les gens étaient là pour le fun, personne ne nous attendait ce soir, la salle était déjà chaude et suintant la bière avant notre passage, de bonnes dispositions pour faire notre musique.

Quand on voit votre performance de ce soir, on se dit que votre musique est un défouloir avant d’être une expérience intellectuelle, vous confirmez ?

Yuki : C’est ce que l’on veut faire passer c’est clair, de toute manière notre technique ne nous permet pas de faire tourner les têtes, on préfère user de textures sonores qui broient nos mouvements et les erreurs qu’on peut faire durant un live.
Noemi : Ce que l’on veut apporter en priorité au public c’est un gros moment de fun où tu peux relâcher la pression.

Vos morceaux n’excèdent que rarement les 3 minutes. En français une expression dit « plus c’est long, plus c’est bon », vous êtes donc une exception qui confirme cette règle ?

Noemi : Et on dit de même en anglais « less is more », mais si nos morceaux sont si courts c’est aussi car nous voulons avoir une approche minimaliste, notamment dans l’exercice du songwriting.

Tu as d’ailleurs souvent recours aux onomatopées...

Noemi : Oui je les utilise tout le temps, pour moi la musique est une perpétuelle onomatopée, sous cette forme elle permet de retranscrire clairement, et cela de manière vocale, qu’elle est mon état d’esprit quand je chante, passer du grave à l’aigüe via ce type de vocalises reflète instantanément l’affect dans lequel je me positionne.

Que penses-tu de ta voix ?

Noemi : Je la déteste et à ce titre je la cache régulièrement derrière ma guitare. Je n’ai pas une voix puissante et j’essaie plus de me placer dans un ton qui épouse la fraicheur que la violence afin d’être dans un contraste harmonique avec notre musique.

Quel regard portez-vous sur la scène musicale anglaise actuellement ?

Yuki : Il y a définitivement trop de groupes estampillés « psychédélique », ils sonnent tous de la même manière et cela devient ennuyeux à force.
Noemi : La scène garage du côté de Manchester est très cool, on aime beaucoup de ce que font Pins et The Hipshakes par exemple. Les musiciens présents là-bas font les choses pour s’amuser, ils se prennent moins au sérieux qu’à Londres, et c’est de quoi nous avons besoin pour créer.

Quelle est la suite pour Abjects ?

Noemi : Notre Ep « Gone » vient de sortir en Angleterre et on espère pouvoir finir l’album d’ici la fin de l’année, et le sortir peut être pour 2016, mais c’est un long processus…

Pouvez-vous nous renseigner sur la manière dont a été composé et enregistré votre Ep ?

Noemi : On l’a fait dans un studio en Italie, sur une session très rapide, deux jours à peine. On a commencé par enregistrer toute la musique puis les paroles ont été rajoutées. La technologie analogique a été utilisée pour enregistrer les textures sonores afin d’avoir une qualité d’écoute satisfaisante. Le mixage et la production ont été faits pour chaque instrument de manière séparée.

Vous vous encrez dans un style très old school au final, qui caresse même par instants les plages du surf rock ?

Noemi : (Surprise par l’appellation du genre, elle finit par répondre quand je lui évoque les B.O de certains Tarantino)… Oui on adore The Seeds, ce qui nous plait dans ce courant américain c’est le mouvement du beat, qui très chaleureux et qui appelle à l’oubli tout en restant spirituel. J’essaie de puiser dans toutes ces influences pour apporter quelque chose de nouveau et qu’on entend plus forcément.
Yuki : Nous ne sommes pas des punks, seulement un groupe de musique garage. On écoute aussi des groupes actuels qui puisent eux aussi dans des influences passées. De manière générale nous consommons toutes les trois énormément de musique.

Paris fut la dernière date de votre tournée, un mot sur cette ville ?

Yuki : Elle est très similaire à Londres dans sa dimension humaine qui est tout autant cosmopolite. Mais en terme de musique les gens n’ont ici et en France d’ailleurs pas la même approche envers l’artiste. Ils te complimentent plus facilement et sont plus chaleureux qu’en Angleterre, ils sont juste là pour apprécier ta musique et ne sont pas prétentieux…

Julien Naït-Bouda

Stolenbodyrecords Bandcamp